{"id":430,"date":"2018-05-31T21:38:21","date_gmt":"2018-05-31T19:38:21","guid":{"rendered":"http:\/\/tps-trauma.org\/?page_id=430"},"modified":"2019-11-15T16:38:06","modified_gmt":"2019-11-15T15:38:06","slug":"historique-de-la-psychotraumatologie","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/tps-trauma.org\/index.php\/historique-de-la-psychotraumatologie\/","title":{"rendered":"Historique de la Psychotraumatologie"},"content":{"rendered":"\n<script async src=\"https:\/\/www.googletagmanager.com\/gtag\/js?id=UA-53267311-2\"><\/script>\n<script>\n  window.dataLayer = window.dataLayer || [];\n  function gtag(){dataLayer.push(arguments);}\n  gtag('js', new Date());\n\n  gtag('config', 'UA-53267311-2');\n<\/script>\n\n\n<p>La psychotraumatologie, domaine de l\u2019\u00e9tude du traumatisme psychique dans toutes ses dimensions serait aussi vieille que le monde. En effet, la relation de troubles physiques et psychiques dus \u00e0 des \u00abchocs moraux\u00bb et qui pourraient \u00eatre les premi\u00e8res descriptions de traumatismes psychiques remonte \u00e0 l\u2019antiquit\u00e9.<\/p>\n<p>H\u00e9rodote est l\u2019un des premiers \u00e0 d\u00e9crire les effets d\u2019un choc psychologique, chez un soldat ath\u00e9nien, au livre VI de son Histoire, \u00e9crit vers 450 av. J.-C.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Un fait curieux s\u2019y [ \u00e0 Marathon] produisit&nbsp;: un Ath\u00e9nien, Epizelos fils de Couphagoras, perdit soudain la vue sans avoir re\u00e7u le moindre coup, ni de pr\u00e8s, ni de loin&nbsp;: d\u00e9s lors il fut aveugle pour le restant de sa vie. Voici, m\u2019a-t-on dit, comme il expliquait son malheur&nbsp;: il avait cru voir devant lui un homme de haute taille, en armes, dont la barbe recouvrait tout le bouclier ; l\u2019apparition avait pass\u00e9 sans le toucher, mais avait tu\u00e9 son camarade \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. Voil\u00e0, m\u2019a-t-on dit, l\u2019histoire que racontait Epizelos.[1]<\/p>\n<p>Il s\u2019agit de la premi\u00e8re description d\u2019un cas de conversion hyst\u00e9rique, survenu pendant&nbsp; un combat et ayant persist\u00e9 ensuite de fa\u00e7on chronique. Epis\u00e9los a \u00e9t\u00e9 saisi d\u2019effroi en voyant le g\u00e9ant perse en face de lui. Il a entrevu sa propre mort lorsqu\u2019il l\u2019a vu tuer son camarade. Il convertit sa peur sur l\u2019organe impliqu\u00e9 : l\u2019\u0153il. Le sympt\u00f4me de c\u00e9cit\u00e9 lui permet \u00e0 la fois d\u2019annuler cette vision effrayante et d\u2019\u00e9chapper \u00e0 toute possibilit\u00e9 d\u2019une vision semblable \u00e0 l\u2019avenir, ce faisant, de ne plus rien voir dans un monde porteur de menaces.<\/p>\n<p><strong>LES TROUBLES PSYCHIQUES DES COMBATS<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 \u00e9maill\u00e9e de guerres, de conflits, d\u2019exactions. D\u2019autres cas anecdotiques se retrouvent dans la litt\u00e9rature : Lucr\u00e8ce dans De natura rerum (40 av J.-C.) d\u00e9crit les r\u00eaves de bataille des soldats. Shakespeare dans Henri IV et Rom\u00e9o et Juliette \u00e9voque des cauchemars de bataille ce qui laisse penser que le ph\u00e9nom\u00e8ne du cauchemar de r\u00e9p\u00e9tition \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 connu.<\/p>\n<p>Au del\u00e0 de l\u2019anecdotique, ce sont les m\u00e9decins et psychiatres militaires qui ont \u00e9tudi\u00e9, les premiers, de fa\u00e7on scientifique, l\u2019impact de la violence, de la frayeur et de l\u2019horreur des combats sur les soldats. Le but \u00e9tait de comprendre et de traiter rapidement les \u00e9tats \u00e9motionnels et les \u00e9tats d\u2019\u00e9puisement psychique qui s\u2019en suivaient et qui rendaient le combattant inapte temporairement ou d\u00e9finitivement \u00e0 poursuivre sa mission.<\/p>\n<p>Sous la R\u00e9volution fran\u00e7aise et les guerres de l\u2019Empire, Philippe Pinel \u00e9tablit un inventaire des troubles psychiques provoqu\u00e9s par la violence des combats et les \u00ab\u00e9motions morales\u00bb de la terreur ou de la guerre dans sa Nosographie philosophique (1808). Ces troubles pr\u00e9figurent les n\u00e9vroses de guerre.<\/p>\n<p>Les chirurgiens des arm\u00e9es napol\u00e9oniennes, Desgenettes, Larrey, Percy cr\u00e9ent le terme imag\u00e9 de \u00ab&nbsp; syndrome du vent du boulet&nbsp;\u00bb pour d\u00e9signer les \u00e9tats aigus de sid\u00e9ration d\u00e9termin\u00e9s par la seule frayeur chez les soldats qui avaient senti les projectiles de pr\u00e8s sans \u00eatre bless\u00e9s. Larrey cite le cas d\u2019un grenadier qui, effleur\u00e9 par un boulet \u00e0 Wagram, tombe au sol priv\u00e9 de parole et demeure ensuite compl\u00e8tement muet.<\/p>\n<p>Les guerres du milieu du XIX\u00b0 si\u00e8cle sont particuli\u00e8rement dures et meurtri\u00e8res. En juin 1859, le suisse Henri Dunant secouriste b\u00e9n\u00e9vole de la bataille de Solf\u00e9rino est horrifi\u00e9 par les souffrances physiques et psychiques des bless\u00e9s abandonn\u00e9s sur les champs de bataille. Il publie, trois ans plus tard, son r\u00e9cit : Un souvenir de Solf\u00e9rino (1862) qui servira de d\u00e9part \u00e0 la fondation de la Croix-Rouge.<\/p>\n<p>Pendant la guerre de S\u00e9cession am\u00e9ricaine, le neuropsychiatre Silas Weir Mitchell comptabilise un grand nombre de \u00abbless\u00e9s nerveux\u00bb. Il doit improviser \u00e0 la h\u00e2te un h\u00f4pital de 400 lits, pr\u00e8s de Philadelphie, pour traiter des soldats hyst\u00e9riques qui ont emprunt\u00e9 leurs sympt\u00f4mes \u00e0 des pathologies nerveuses ou \u00e9pileptiques. Il red\u00e9couvre l\u2019hyst\u00e9rie chez l\u2019homme, \u00e0 la suite de Briquet qui publie en 1859 un cas d\u2019hyst\u00e9rie psychotraumatique convulsive dans le Trait\u00e9 clinique et th\u00e9rapeutique de l\u2019hyst\u00e9rie.<\/p>\n<p>Les horreurs inflig\u00e9es par les guerres sous toutes leurs formes ont fait l\u2019objet de nombreuses analyses et recherches chez les m\u00e9decins militaires sous diff\u00e9rents vocables : nostalgie, idiotisme, manie, m\u00e9lancolie, hypocondrie, n\u00e9vrose de la circulation ou de la respiration, syndrome du vent du boulet, conversion hyst\u00e9rique, soldier\u2019s heart (c\u0153ur irritable).<\/p>\n<p><strong>LA VIE CIVILE ET LA NEVROSE TRAUMATIQUE<\/strong><\/p>\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la fin du XIX\u00b0 si\u00e8cle que le terme de \u00abn\u00e9vrose traumatique\u00bb a fait son apparition dans le vocabulaire des cliniciens.<\/p>\n<p>Au milieu du XIX\u00b0 si\u00e8cle, l\u2019arriv\u00e9e du nouveau moyen de transport qu\u2019est le chemin de fer s\u2019accompagne d\u2019enthousiasme, d\u2019excitation mais aussi de frayeurs. Les premiers accidents souvent spectaculaires frappent les imaginations et surtout occasionnent, chez les rescap\u00e9s, des troubles neurologiques et psychiques qui attirent l\u2019attention des cliniciens. Duchesne, en France, y consacre sa th\u00e8se en 1857. Erichsen, en Angleterre, trouve au cours des autopsies de victimes de ces accidents des l\u00e9sions du cerveau et de la moelle \u00e9pini\u00e8re. En 1866, il impute \u00e0 ces l\u00e9sions le d\u00e9terminisme des troubles. Mis \u00e0 part les bless\u00e9s avec atteinte neurologique franche, un grand nombre de rescap\u00e9s pr\u00e9sentent une pathologie polymorphe durable apparent\u00e9e \u00e0 la pathologie des \u00abn\u00e9vroses\u00bb. Pour ces cliniciens elle est d\u00e9termin\u00e9e par une l\u00e9sion fonctionnelle de la substance nerveuse due \u00e0 la violence du choc physique. En 1884, Putnam et Walton aux Etats Unis accr\u00e9ditent la th\u00e8se d\u2019une l\u00e9sion commotionnelle. Ainsi sont d\u00e9crits \u00ab le railway spine \u00bb, avec une atteinte suppos\u00e9e m\u00e9dullaire, puis le \u00abrailway brain\u00bb.<\/p>\n<p>Cependant, quelques cliniciens tels que Russel Reynolds et Herbert Page en Angleterre, Riegler en Allemagne et Charcot en France (1884) sont interpell\u00e9s par la disproportion entre un choc physique minime et une s\u00e9miologie psychique bruyante dans de nombreux cas. Ils \u00e9mettent l\u2019hypoth\u00e8se non pas d\u2019un choc commotionnel mais d\u2019un choc \u00e9motionnel.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que, en Allemagne, H. Oppenheim en collaboration avec Thomsen dans les Archives m\u00e9dicales de Westphalie en 1884, puis dans son ouvrage Die Traumatischen Neurosen, publi\u00e9 en 1888, propose le terme de \u00ab&nbsp;n\u00e9vrose traumatique&nbsp;\u00bb. Son \u00e9tude porte sur 42 cas de n\u00e9vrose cons\u00e9cutifs \u00e0 des accidents du travail ou \u00e0 des accidents de chemin de fer. Il opte pour la th\u00e8se psychog\u00e9n\u00e9tique et cr\u00e9e le terme de \u00abtraumatisme psychologique\u00bb. Pour lui, c\u2019est l\u2019effroi (scherck) qui provoque un \u00e9branlement psychique ou affectif \u00abtellement intense qu\u2019il en r\u00e9sulte une alt\u00e9ration psychique durable\u00bb.<\/p>\n<p>D\u00e8s les premi\u00e8res publications d\u2019Oppenheim, Charcot ouvre un d\u00e9bat et soutient que la pr\u00e9tendue \u00abn\u00e9vrose traumatique\u00bb n\u2019est qu\u2019une vari\u00e9t\u00e9 de l\u2019hyst\u00e9rie&nbsp;ou \u00e0 la rigueur de l\u2019\u00abhyst\u00e9ro- neurasth\u00e9nie\u00bb. Les Le\u00e7ons du mardi \u00e0 La Salp\u00eatri\u00e8re sont consacr\u00e9es \u00e0 d\u00e9montrer que les troubles psychiques d\u00e9velopp\u00e9s \u00e0 la suite de divers accidents (chemin de fer ou autres) rel\u00e8vent de l\u2019hyst\u00e9rie ou de l\u2019hyst\u00e9ro-neurasth\u00e9nie.<\/p>\n<p>Pierre Janet et Sigmund Freud qui suivent tous deux l\u2019enseignement de Charcot sont amen\u00e9s \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, chacun de son c\u00f4t\u00e9 sur le r\u00f4le pathog\u00e8ne des souvenirs traumatiques oubli\u00e9s de la conscience.<\/p>\n<p>En 1889, Pierre Janet soutient sa th\u00e8se de doctorat en lettre sur L\u2019automatisme psychologique. Il y pr\u00e9sente dix-neuf cas d\u2019hyst\u00e9rie dont le c\u00e9l\u00e8bre cas Marie, jeune fille qui pr\u00e9sentait des crises hallucinatoires d\u00e9lirantes, un arr\u00eat pr\u00e9matur\u00e9 des r\u00e8gles \u00e0 chaque mois, arr\u00eat pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de frissons et une perte de vision de l\u2019\u0153il gauche avec anesth\u00e9sie de l\u2019h\u00e9miface gauche.&nbsp; Janet fait revivre sous hypnose les trois \u00e9v\u00e9nements traumatiques oubli\u00e9s qui avaient pr\u00e9lud\u00e9 &#8211; \u00e0 des \u00e2ges diff\u00e9rents &#8211; \u00e0 chacun de ces sympt\u00f4mes. Il induit sous hypnose une version heureuse de l\u2019issue de ces \u00e9v\u00e9nements les d\u00e9barrassant ainsi de leur pouvoir pathog\u00e8ne et, il gu\u00e9rit la jeune fille de ses conversions hyst\u00e9riques. Sur le plan pathog\u00e9nique, Janet observe \u00abla d\u00e9sagr\u00e9gation de la conscience\u00bb et soul\u00e8ve l\u2019hypoth\u00e8se de la \u00abdissociation\u00bb de la conscience qui sera reprise par Freud.<\/p>\n<p>En 1889, Freud traite une patiente hyst\u00e9rique dont il publiera le cas sous le pseudonyme de Emmy von M. Ce cas peut \u00eatre vu comme un cas psychotraumatique. Sur le plan pathog\u00e9nique, Freud adopte la th\u00e9orie de Janet sur la \u00abdissociation du conscient\u00bb. Il consid\u00e8re l\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatisant comme une cause d\u00e9terminante, agissant d\u2019abord par lui m\u00eame, puis par sa \u00abr\u00e9miniscence\u00bb \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un corps \u00e9tranger qui continue d\u2019\u00eatre intol\u00e9rable longtemps apr\u00e8s son intrusion.<\/p>\n<p>Freud soul\u00e8ve l\u2019hypoth\u00e8se que toutes les hyst\u00e9ries rel\u00e8vent d\u2019un traumatisme initial, le plus souvent sexuel.&nbsp; Quelques ann\u00e9es plus tard, devant la faible plausibilit\u00e9 des traumatismes sexuels all\u00e9gu\u00e9s par les patientes comme \u00e9tant \u00e0 l\u2019origine de leur n\u00e9vrose, Freud abandonne sa conception \u00abtraumatique\u00bb de l\u2019hyst\u00e9rie pour une conception plus \u00abfantasmatique\u00bb. Cependant, il est amen\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 nouveau aux n\u00e9vroses traumatiques lors de la premi\u00e8re guerre mondiale et les consid\u00e8re toujours comme radicalement diff\u00e9rentes des autres n\u00e9vroses.<\/p>\n<p>Les cas \u00e9tudi\u00e9s et pr\u00e9sent\u00e9s par Oppenheim, par Charcot et par Freud (avant que ce dernier&nbsp; s\u2019int\u00e9resse au traumatismes de la guerre de 14-18) ne portent que sur des accidents de la vie civile m\u00eame si le traumatisme psychique de guerre peut \u00eatre retrouv\u00e9 dans certaines observations de Charcot. Le cas V.. Lo\u00efs, pr\u00e9sent\u00e9 dans les Le\u00e7ons du mardi, est un cas d\u2019hyst\u00e9rie par \u00abshock nerveux\u00bb, apparu \u00e0 la suite d\u2019un accident de chemin de fer. Charcot d\u00e9crit l\u00e0 non seulement la symptomatologie de conversion hyst\u00e9rique accompagn\u00e9e d\u2019une phobie des moyens de transport, mais aussi des cauchemars traumatiques. Ces cauchemars traumatiques ne portent pas sur les accidents de transport mais sur les combats de Palestro et de Magenta auxquels cet homme a particip\u00e9 trente ans auparavant.<\/p>\n<p><strong>LA N\u00c9VROSE DE GUERRE<\/strong><\/p>\n<p>Pendant que la question du trauma psychique, de la n\u00e9vrose traumatique et de l\u2019hypnose, agite toute la communaut\u00e9 des psychiatres civils de la fin du XIX\u00b0 et du d\u00e9but du XX\u00b0 si\u00e8cle, les guerres continuent leurs ravages et les psychiatres militaires continuent leurs observations et leurs \u00e9tudes. La Guerre russo-japonaise de 1904-1905 est l\u2019occasion de recenser les d\u00e9g\u00e2ts psychiatriques. Ils sont si nombreux que les m\u00e9decins de la Croix Rouge russe sont vite d\u00e9bord\u00e9s et font appel \u00e0 des psychiatres de la Croix Rouge Internationale qui ram\u00e8nent ensuite dans leurs pays respectifs une pr\u00e9cieuse exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>C\u2019est au sujet de ce conflit que le psychiatre allemand, Honigman, cr\u00e9e le terme de \u00abn\u00e9vrose de guerre\u00bb, au congr\u00e8s allemand de m\u00e9decine interne de 1907. La pathologie d\u00e9crite comporte des \u00e9tats confusionnels ou anxio-confusionnels initiaux, dus \u00e0 la violence des combats, \u00e0 l\u2019\u00e9puisement, \u00e0 l\u2019effroi, mais aussi, des neurasth\u00e9nies et des hyst\u00e9ries durables.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re guerre mondiale, en 1914-1918 implique trente cinq pays d\u2019Europe, d\u2019Am\u00e9rique et d\u2019Asie. Outre le nombre encore jamais atteint de tu\u00e9s (huit millions et demi) et de bless\u00e9s (trente deux millions), elle&nbsp; provoque un afflux massif de \u00abbless\u00e9s psychiques\u00bb. Les psychiatres des arm\u00e9es, confront\u00e9s \u00e0 ces cas, \u00e9tudient cette pathologie qui devient leur pr\u00e9occupation majeure. Les publications scientifiques sur la question se multiplient. En France, chez Masson, dans la collection Bleu Horizon, cr\u00e9\u00e9e pour cette occasion, J. Babinski, J. Froment, J. L\u00e9pine, G. Roussy, J. Lhermitte, entre autres publient des ouvrages de r\u00e9f\u00e9rence. En Allemagne, S.Ferenczi publie une revue critique des auteurs germaniques dans son rapport au V\u00b0 Congr\u00e8s international de psychanalyse \u00e0 Budapest, en 1918.<\/p>\n<p>A mesure que la guerre tra\u00eene en longueur, la pathologie psychiatrique \u00e9volue et se pr\u00e9cise.&nbsp; A l\u2019\u00abhypnose des batailles\u00bb succ\u00e8de les \u00absyndromes du vent des obus\u00bb ou \u00abshell-shocks\u00bb puis les anxi\u00e9t\u00e9s, les neurasth\u00e9nies et surtout les hyst\u00e9ries de guerre sous le vocable de \u00abn\u00e9vrose de guerre\u00bb et \u00abpsychon\u00e9vroses de guerre\u00bb.&nbsp; Les psychiatres d\u00e9crivent de v\u00e9ritables \u00ab\u00e9pid\u00e9mies\u00bb de conversion hyst\u00e9rique : \u00e9pid\u00e9mies de surdit\u00e9s hyst\u00e9riques et d\u2019aphasies lors de la retraite d\u2019Anvers en 1914, propagation \u00e9pid\u00e9mique de comportements inadapt\u00e9s lors de l\u2019\u00e9vacuation du paquebot Provence II torpill\u00e9 en 1916, puis seconde \u00e9pid\u00e9mie de comportements hyst\u00e9riques (ricanements, hoquets, aboiements..) chez les naufrag\u00e9s recueillis sur un torpilleur.<\/p>\n<p>A la soci\u00e9t\u00e9 de neurologie, en mai 1917, Pierre Marie s\u2019\u00e9tonne de l\u2019afflux massif, \u00e0 la consultation de neuropsychiatrie de la Piti\u00e9-Salp\u00eatri\u00e8re, de pathologies hyst\u00e9riques telles que d\u00e9crites \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Charcot et que l\u2019on pense disparues tant elles sont devenues rares avant la guerre.<\/p>\n<p>En fait, l\u2019hyst\u00e9rie de conversion est l\u2019expression de pr\u00e9dilection pour ces soldats. Elle exprime la persistance de l\u2019effroi, de l\u2019horreur des combats et le d\u00e9sir inconscient et inavou\u00e9 d\u2019\u00e9chapper au retour au front : un malvoyant, un sourd, un paralys\u00e9 sont inaptes au combat.<\/p>\n<p>La Seconde Guerre Mondiale, encore plus meurtri\u00e8re que la Premi\u00e8re (trente huit millions de morts dont vingt millions de civils) a \u00e9t\u00e9 grande pourvoyeuse de \u00abchocs psychiques\u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique, on assiste \u00e0 une rar\u00e9faction des conversions hyst\u00e9riques et \u00e0 une explosion de troubles psychosomatiques, non seulement de sympt\u00f4mes psychosomatiques \u00abfonctionnels\u00bb, mais \u00e9galement de v\u00e9ritables maladies psychosomatiques constitu\u00e9es avec l\u00e9sion d\u2019organe. Les troubles observ\u00e9s sont d\u2019apparition imm\u00e9diate ou diff\u00e9r\u00e9e ce qui ne laisse planer aucun doute sur l\u2019existence in\u00e9vitable d\u2019une pathologie psychiatrique de combat quelle qu\u2019en soit l\u2019expression clinique.<\/p>\n<p>Le syndrome des rescap\u00e9s des bombes atomiques de Nagasaki et Hiroshima est li\u00e9 \u00e0 un v\u00e9cu psychologique d\u2019apocalypse et se traduit par une r\u00e9action imm\u00e9diate de \u00abcommotion-inhibition-stupeur\u00bb et \u00e0 long terme, par une perp\u00e9tuation de l\u2019inhibition, v\u00e9cu d\u2019alt\u00e9ration de l\u2019image du corps, de l\u2019image de soi et de la facult\u00e9 de procr\u00e9ation.<\/p>\n<p>La pathologie des prisonniers de guerre est connue depuis longtemps (Ducor, 1808, d\u00e9crit des \u00e9tats psychotiques et des \u00e9tats n\u00e9vrotiques chez des prisonniers fran\u00e7ais apr\u00e8s la capitulation de Bailen, face aux espagnols). Mais, elle prend une forme particuli\u00e8re pendant la guerre de 14-18: la \u00abpsychose des barbel\u00e9s\u00bb avec dysmn\u00e9sie, apathie mentale, irritabilit\u00e9 et propension aux querelles.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la deuxi\u00e8me guerre mondiale, les r\u00e9actions psychiques des alli\u00e9s emprisonn\u00e9s et tortur\u00e9s pendant trois ans dans les camps japonais font l\u2019objet d\u2019\u00e9tudes pr\u00e9cises: hypersensibilit\u00e9 aux stimulations, cauchemars, honte, culpabilit\u00e9, peur de perdre son contr\u00f4le (phobie de se suicider), col\u00e8re, agressivit\u00e9, d\u00e9pression sont r\u00e9guli\u00e8rement retrouv\u00e9s dans les analyses. Chez les anciens prisonniers de Cor\u00e9e, on retrouve une pathologie chronique apr\u00e8s leur lib\u00e9ration \u00e0 type d\u2019agressivit\u00e9 et de d\u00e9charges motrices impulsives (acting out). Une constante se retrouve chez les anciens prisonniers : changement de personnalit\u00e9, rigidit\u00e9 caract\u00e9rielle et mise \u00e0 distance dans les relations.<\/p>\n<p>La pathologie des d\u00e9port\u00e9s, manifest\u00e9e pendant la d\u00e9portation, est \u00e9tudi\u00e9e par Charles Richet dans Troubles neuropsychiatriques observ\u00e9s \u00e0 Buchenwald, Le Progr\u00e8s M\u00e9dical, publi\u00e9 en ao\u00fbt 1946. Il met en avant l\u2019angoisse, la d\u00e9r\u00e9alisation, le d\u00e9sespoir dans un premier temps. Cet \u00e9tat est suivi d\u2019une p\u00e9riode d\u00e9pressive avec parall\u00e8lement un \u00e9tat d\u2019indiff\u00e9rence aux mis\u00e8res et horreurs de l\u2019environnement. Puis survient un \u00e9tat d\u2019apathie et perte de la volont\u00e9 de survivre. Seule la d\u00e9r\u00e9alisation qui prot\u00e8ge de l\u2019horreur de la situation a permis \u00e0 certains de survivre. Victor Frankl, psychiatre-psychanalyste d\u00e9port\u00e9 souligne ce v\u00e9cu de d\u00e9personnalisation et Max Dutillieux, survivant du camp de Dora-Mittelbau \u00e9crit :<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Ce brouillard de sensations dont seules quelques images nettes \u00e9mergent&#8230;tout est comme dans la brume&#8230;je dois dire que la brume n\u2019est pas dans l\u2019\u00e9paisseur du temps qui s\u2019est \u00e9coul\u00e9 depuis lors. Cette brume \u00e9tait dans la perception m\u00eame des choses qui m\u2019entouraient \u00bb.<\/p>\n<p>A leur lib\u00e9ration beaucoup de d\u00e9port\u00e9s surprennent les m\u00e9decins par leur anesth\u00e9sie affective. Ils racontent sans aucun signe d\u2019\u00e9motion, la mimique fig\u00e9e, la voix monocorde, les horreurs qu\u2019ils ont vues et les s\u00e9vices auxquels ils ont \u00e9t\u00e9 soumis. Ce n\u2019est que plusieurs mois ou plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s qu\u2019ils d\u00e9veloppent une forme de n\u00e9vrose traumatique appel\u00e9e \u00absyndrome des d\u00e9port\u00e9s\u00bb ou \u00abasth\u00e9nie des d\u00e9port\u00e9s\u00bb. Targowla en 1954 d\u00e9crit une forme clinique particuli\u00e8re : \u00able syndrome d\u2019hypermn\u00e9sie \u00e9motionnelle paroxystique\u00bb avec reviviscences des sc\u00e8nes d\u2019horreur v\u00e9cues au camp.&nbsp; Il s\u2019agit en fait de la description du syndrome de r\u00e9p\u00e9tition de la n\u00e9vrose traumatique. Targowla se r\u00e9f\u00e8re aux anciens : Beard et Pierre Janet. Il est le premier \u00e0 avoir dress\u00e9 un inventaire exhaustif du syndrome des d\u00e9port\u00e9s. Dix ans plus tard, Eitinger propose le terme de KZ syndrome (Konzentrrationsl\u00e4ger syndrome) adopt\u00e9 par la communaut\u00e9 internationale, mais sans ajouter de nouvelle d\u00e9couverte \u00e0 la description de Targowla.<\/p>\n<p>C\u2019est au sujet des d\u00e9port\u00e9s que l\u2019on mentionne le plus souvent le \u00absyndrome du survivant\u00bb.&nbsp; E.Papanek, en 1946, constate une culpabilit\u00e9 terrifiante chez des orphelins rescap\u00e9s de la d\u00e9portation et recueillis aux Etats Unis. En 1968, W. Niederland cr\u00e9e le terme de \u00absyndrome du survivant\u00bb (surviver syndrome) qui comprend de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, des troubles de la m\u00e9moire (amn\u00e9sies ou hypermn\u00e9sies), des cauchemars, des plaintes somatiques, de la d\u00e9pression chronique, des troubles de l\u2019identit\u00e9 et surtout un \u00e9norme sentiment de culpabilit\u00e9 vis \u00e0 vis de ceux qui ont disparu dans l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Niederland d\u00e9compose cette culpabilit\u00e9 en trois temps:<\/p>\n<p>\u00ab je vis, ils sont morts, c\u2019est \u00e0 dire qu\u2019ils se sont sacrifi\u00e9s pour moi \u00bb<\/p>\n<p>Ce syndrome du survivant se retrouve souvent, actuellement, dans les accidents de la vie quotidienne.<\/p>\n<p>Les guerres post-coloniales telles que les guerre d\u2019Indochine et d\u2019Alg\u00e9rie voient appara\u00eetre des troubles \u00e0 expression particuli\u00e8re, nomm\u00e9s \u00abn\u00e9vrose de gu\u00e9rilla\u00bb. Ces n\u00e9vroses correspondent dans leur expression au v\u00e9cu singulier des hommes soumis \u00e0 ces conditions particuli\u00e8res et \u00e9prouvantes des combats de gu\u00e9rilla. Elles sont domin\u00e9es par l\u2019appr\u00e9hension du monde ext\u00e9rieur, l\u2019\u00e9tat d\u2019alerte, la m\u00e9fiance, le sentiment d\u2019\u00e9chec, le remords, la tristesse et la culpabilit\u00e9. Elle s\u2019accompagnent de troubles caract\u00e9riels, assez souvent de recours \u00e0 l\u2019alcool et, plus rarement, \u00e0 la drogue.<\/p>\n<p>La \u00abn\u00e9vrose de guerre\u00bb ainsi d\u00e9nomm\u00e9e par les psychiatres militaires prend diff\u00e9rentes formes ou expressions, mais elle est toujours la s\u00e9quelle chronique interminable des \u00abtraumatismes psychiques de guerre\u00bb.&nbsp; Tous les rescap\u00e9s, bless\u00e9s ou physiquement indemnes, militaires ou civils, hommes ou femmes, jeunes ou vieux sont \u00e0 risque de porter en eux une blessure, la blessure secr\u00e8te que la violence de guerre a impos\u00e9 \u00e0 leur psychisme.<\/p>\n<p>Cependant, le soulagement de s\u2019en \u00eatre sortis vivants, de s\u2019en croire \u00abquitte pour la peur\u00bb, l\u2019euphorie des retrouvailles et de la paix revenue font que l\u2019expression de la souffrance, c\u2019est \u00e0 dire l\u2019\u00e9closion des troubles n\u2019intervient qu\u2019apr\u00e8s un temps de latence parfois tr\u00e8s long : des mois ou des ann\u00e9es apr\u00e8s.&nbsp; Souvent les troubles sont tus par les int\u00e9ress\u00e9s eux m\u00eame qui ne peuvent ou n\u2019osent en parler.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, les m\u00e9decins occup\u00e9s \u00e0 soigner \u00ables maladies du temps de paix\u00bb, lorsqu\u2019ils sont confront\u00e9s \u00e0 la plainte de patients souffrant d\u2019insomnies, d\u2019angoisses, de mal de vivre, ne font que rarement le diagnostic de n\u00e9vroses ou de traumatismes de guerre. C\u2019est ainsi que l\u2019entit\u00e9 n\u00e9vrose de guerre et plus largement l\u2019entit\u00e9 n\u00e9vrose traumatique est tomb\u00e9e en quelque sorte dans l\u2019oubli.<\/p>\n<p><strong>LE POST VIETNAM SYNDROME<\/strong><\/p>\n<p>Les enseignements de la Deuxi\u00e8me Guerre Mondiale et ceux relatifs aux \u00abpertes psychiques\u00bb recens\u00e9es en Cor\u00e9e, 75\/1000 par an en zone de combat, am\u00e8nent les psychiatres \u00e0 envisager des mesures pr\u00e9ventives pour pour les combattants de la guerre du Vietnam, de 1964 \u00e0 1973.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir mis en avant, comme facteur facilitant les troubles, le r\u00f4le de l\u2019\u00e9puisement et celui du manque de sommeil, ils basent les mesures pr\u00e9ventives sur l\u2019am\u00e9nagement des p\u00e9riodes de repos, la qualit\u00e9 de la restauration m\u00eame en zone de combat, la r\u00e9gularit\u00e9 du courrier et du lien t\u00e9l\u00e9phonique avec les Etats Unis. Ils constatent une diminution significative des \u00abpertes psychiques\u00bb : 12\/1000 et par an. Ils d\u00e9gagent de ces constatations un paradigme : les troubles psychiques sont li\u00e9s au stress et \u00e0 son intensit\u00e9. Et c\u2019est \u00e9videmment \u00e0 partir de cette notion de stress que vont \u00eatre \u00e9tudi\u00e9s les troubles diff\u00e9r\u00e9s que les v\u00e9t\u00e9rans du Vietnam d\u00e9veloppent par la suite, mettant \u00e0 mal la croyance&nbsp; que la pr\u00e9vention bas\u00e9e sur la gestion du stress peut prot\u00e9ger des troubles psychiques de guerre.<\/p>\n<p>Cette guerre a \u00e9t\u00e9, en effet, pour les GI am\u00e9ricains \u00e9prouvante et d\u00e9courageante. Les soldats ont le sentiment de s\u2019\u00eatre battus pour rien : \u00e9crasement du Sud-Vietnam par les blind\u00e9s du Nord-Vietnam, en 1975, puis infiltration du Laos par les communistes et chute du Cambodge tomb\u00e9 aux mains des Khmers rouges. Cette guerre du Vietnam (J.A.Talbott) devient vite impopulaire aux Etats Unis. Cette Vietnam War, d\u00e9cri\u00e9e, refl\u00e8te la perte de confiance dans le gouvernement traditionnel, les limites du r\u00eave am\u00e9ricain et l\u2019inanit\u00e9 du sacrifice de vies humaines pour des principes incompris ou contest\u00e9s.&nbsp; Sur le terrain, les hommes supportent mal le sacrifice d\u2019une s\u00e9paration familiale pour une cause de plus en plus discutable. D\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e au Vietnam, le soldat subit un choc climatique et culturel : chaleur moite, pauvret\u00e9, prostitution, drogue et d\u00e9veloppe des sympt\u00f4mes neurov\u00e9g\u00e9tatifs de transpiration, de l\u2019angoisse, des insomnies, des paniques de tir&#8230;puis il s\u2019adapte dans une sorte de r\u00e9signation avec utilisation de moyens tels que l\u2019alcool (bi\u00e8re) et la drogue pour att\u00e9nuer les angoisses. Lorsqu\u2019arrive la date de la lib\u00e9ration, la peur de se s\u00e9parer du groupe \u00abdevenu protecteur\u00bb, la peur d\u2019\u00eatre tu\u00e9 en mission juste avant le d\u00e9part&nbsp; font r\u00e9\u00e9merger des sympt\u00f4mes anxieux, d\u00e9pressifs, des troubles du caract\u00e8re, des conduites de violence et d\u2019agitation sous la recrudescence de l\u2019impr\u00e9gnation \u00e9thylique et de la prise de drogue. La plupart sont alors \u00e9tiquet\u00e9s \u00abschizophr\u00e8nes\u00bb ou \u00abborder line\u00bb et \u00e9vacu\u00e9s dans cet \u00e9tat. L.Robins estime qu\u2019en 1971, 43% des soldats pr\u00e9sents au Vietnam ont utilis\u00e9 de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, 25% des amph\u00e9tamines et 23% des barbituriques. Les retours aux Etats Unis sont furtifs et honteux, sans c\u00e9r\u00e9monie d\u2019accueil, mais au contraire, la plupart du temps sous les invectives de le la population marqu\u00e9e par le mouvement hippie.<\/p>\n<p>C.F. Shatan, en 1972, sensibilise l\u2019opinion publique dans un article du New York Times o\u00f9 il parle pour la premi\u00e8re fois du \u00abpost-Vietnam syndrome\u00bb. Il cite le cas de plusieurs v\u00e9t\u00e9rans du Vietnam qui, plus d\u2019un an apr\u00e8s leur d\u00e9mobilisation, sont sujets \u00e0 des acc\u00e8s de d\u00e9sorientation anxieuse en pleine ville, se demandent si les passants sont \u00abamis\u00bb ou \u00abennemis\u00bb, ont des conduites d\u2019\u00e9vitement de peur \u00abd\u2019\u00eatre vus de l\u2019ennemi\u00bb. Le post-Vietnam syndrome comporte des sentiments de culpabilit\u00e9 vis \u00e0 vis des camarades morts l\u00e0-bas, le sentiment d\u2019\u00eatre des boucs \u00e9missaires de cette guerre, des acc\u00e8s d\u2019agressivit\u00e9, l\u2019impression d\u2019\u00eatre devenus des machines \u00e0 ha\u00efr et \u00e0 tuer, la perte de toute humanit\u00e9 et de tout sentiment de compassion, l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 aimer les autres ou \u00e0 \u00eatre&nbsp; aim\u00e9 par eux. Shatan participe \u00e0 des \u00abgroupes-raps\u00bb organis\u00e9s par des v\u00e9t\u00e9rans pour tenter de se gu\u00e9rir entre eux, tant ils se sentent incompris de la population, du corps m\u00e9dical, des psychiatres civils ou militaires et m\u00eame de l\u2019Administration des V\u00e9t\u00e9rans. La m\u00e9connaissance du corps m\u00e9dical concernant les s\u00e9quelles retard\u00e9es des traumatismes psychiques emp\u00eache les m\u00e9decins d\u2019avoir une action efficace aupr\u00e8s des patients v\u00e9t\u00e9rans.<\/p>\n<p>Shatan fait conna\u00eetre dans deux articles en 1974 et 1975, le Mouvement d\u2019entraide des v\u00e9t\u00e9rans du Vietnam (Vietnam Combat Veterans\u2019 Self-Help Movement) association issue des \u00abrap-groups\u00bb. Ce mouvement se d\u00e9veloppe dans tous les Etats Unis et compte rapidement une centaine de groupes d\u2019assistance qui travaillent en dehors des structures officielles. L\u2019Am\u00e9rique se sent coupable. Le nombre de suicides chez les anciens soldats est consid\u00e9rable (deux fois plus que le nombre de soldats tu\u00e9s sur le th\u00e9\u00e2tre des op\u00e9rations). L\u2019id\u00e9e se r\u00e9pand, appuy\u00e9e sur les cas cliniques et sur les travaux scientifiques que les v\u00e9t\u00e9rans sont responsables de nombreux actes de d\u00e9linquance, de violences et de crimes. En 1977, Shatan constitue le \u00abGroupe de travail des v\u00e9t\u00e9rans du Vietnam\u00bb compos\u00e9 des psychiatres qui travaillent dans ces structures officieuses. Ils observent les cas clinique, collectent leurs exp\u00e9riences et aboutissent \u00e0 la premi\u00e8re formulation de ce qui devient en 1980 le \u00abPost -Traumatic Stress Disorder\u00bb ou PTSD dans la III\u00b0 version du syst\u00e8me am\u00e9ricain de nosographie psychiatrique DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) de l\u2019American Psychiatric Association.<\/p>\n<p><strong>LE POST TRAUMATIC STRESS DISORDER ou PTSD<\/strong><\/p>\n<p>Selon P Juillet (197 Lebigot 1994)<\/p>\n<p>\u00abLa description du DSM III est approuv\u00e9e par de nombreux auteurs, au moins comme appropri\u00e9e \u00e0 la constellation des sympt\u00f4mes rencontr\u00e9s par beaucoup de v\u00e9t\u00e9rans\u00bb<\/p>\n<p>Cette parution des crit\u00e8res du PTSD dans le DSM III r\u00e9actualise l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du corps m\u00e9dical international pour l\u2019ancienne n\u00e9vrose traumatique, ant\u00e9rieurement d\u00e9crite par F\u00e9nichel, mais qui&nbsp; est totalement tomb\u00e9e dans l\u2019oubli dans ce monde \u00abd\u2019apr\u00e8s les guerres mondiales\u00bb, c\u2019est \u00e0 dire de paix relative.<\/p>\n<p>Les am\u00e9ricains r\u00e9cusent le terme de n\u00e9vrose \u00e0 cause de ses connotations psychanalytiques, ils lui substituent le terme de stress. Cependant le traumatisme psychique \u00e0 l\u2019origine des troubles psychotraumatiques d\u00e9nomm\u00e9s \u00abpost-traumatic stress disorder\u00bb est fondamentalement diff\u00e9rent du stress et de ses complications.<\/p>\n<p>A partir des ann\u00e9es 1980, de nombreuses publications font part du nombre de plus en plus important de v\u00e9t\u00e9rans qui souffrent de cette pathologie. Dans les ann\u00e9es 90, les ouvrages de M. Wolf et A. Mosnaim et de G. Everly et J. Lating ainsi que les 74 articles publi\u00e9s dans Le Journal of Traumatic Stress font progresser l\u2019\u00e9tude du PTSD. Tous ces apports cliniques, joints \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience des praticiens civils en mati\u00e8re de PTSD cons\u00e9cutifs aux accidents et catastrophes conduisent les commissions \u00e0 modifier les crit\u00e8res diagnostiques du PTSD ( DSM-III-R, en 1987, DSM IV, en 1994 ).<\/p>\n<p>Ces changements successifs, effectu\u00e9s \u00e0 mesure que les psychiatres am\u00e9ricains collectent et colligent les apports de leurs \u00e9tudes cliniques, rapprochent le PTSD de la n\u00e9vrose traumatique.<\/p>\n<p>L\u2019ICD 10, reprend dans l\u2019ensemble les \u00e9l\u00e9ments diagnostiques du DSM-III-R. Ces classifications si elles n\u2019apportent pas grand chose au clinicien ou au th\u00e9rapeute, ont l\u2019int\u00e9r\u00eat de clarifier le langage en terme de psychotraumatologie, ce qui est loin d\u2019\u00eatre n\u00e9gligeable quand il s\u2019agit de faire de la recherche ou de dialoguer par del\u00e0 des cultures diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>En dehors des guerres, tout un chacun peut \u00eatre confront\u00e9 \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement catastrophique, que ce soit un \u00e9v\u00e9nement catastrophique collectif tel qu&rsquo;un tremblement de terre, une inondation, une catastrophe technologique, accidentelle ou que ce soit \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement catastrophique individuel tel qu&rsquo;un accident domestique ou de la voie publique, une agression, un viol, une prise d\u2019otage, un acte de terrorisme.<\/p>\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat de la publication du PTSD est d\u2019avoir attir\u00e9 l\u2019attention des cliniciens sur la pathologie psychotraumatique non seulement dans le contexte de la guerre, mais aussi dans le contexte de la vie quotidienne. De nombreuses \u00e9tudes font \u00e9tat des travaux dans ce domaine.<\/p>\n<p><strong>NEVROSE TRAUMATIQUE &#8211; NEVROSE D\u2019EFFROI &#8211; NEVROSE DE GUERRE &#8211; PTSD &#8211; ETAT DE STRESS POST-TRAUMATIQUE &#8211; SYNDROME PSYCHOTRAUMATIQUE<\/strong><\/p>\n<p>Le terme de n\u00e9vrose traumatique a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9e par Oppenheim en 1889, celui d\u2019hyst\u00e9rie traumatique par Charcot et celui de n\u00e9vrose d\u2019effroi par E.Kraepelin \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque. Honigman, cr\u00e9e le terme de n\u00e9vrose de guerre dans les ann\u00e9es 1900. C\u2019est dans les ann\u00e9es 1980 que nait le terme de PTSD, Post-Traumatic Stress Disorder ou Etat de Stress Post Traumatique. Tous ces termes recouvrent \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame entit\u00e9 si bien que, sur le plan international,&nbsp; il est possible de s\u2019entendre et d\u2019\u00e9changer au niveau de la clinique car les crit\u00e8res d\u00e9finis sont stricts et relativement superposables.<\/p>\n<p>C. Barrois, L. Crocq et F. Lebigot sont des auteurs fran\u00e7ais de r\u00e9f\u00e9rence. C. Barrois, psychiatre-psychanalyste, a conceptualis\u00e9 \u00abLes N\u00e9vroses Traumatiques\u00bb \u00e0 partir des travaux de Freud. L. Crocq, psychiatre s\u2019est appuy\u00e9 sur les travaux de Fenichel pour \u00e9tudier le ph\u00e9nom\u00e8ne traumatique dans toute sa diversit\u00e9, F. Lebigot fait r\u00e9f\u00e9rence non seulement \u00e0 Freud mais surtout \u00e0 Lacan pour son mod\u00e8le du trauma psychique.<\/p>\n<p>Le terme de \u00absyndrome psychotraumatique\u00bb ou \u00abtroubles psychotraumatiques\u00bb est adopt\u00e9 par C.Barrois, L.Crocq et F.Lebigot et exprime sans ambigu\u00eft\u00e9 le fait que c\u2019est le traumatisme psychique, et non le stress, qui est \u00e0 l\u2019origine de la pathologie. Ce terme pourrait faire consensus.<\/p>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div>Docteur Marie-Claude L\u00e9n\u00e8s &#8211; Montpellier &#8211; janvier 2010<\/div>\n<hr width=\"33%\" size=\"1\" align=\"left\">\n<p>[1] &nbsp;&#8211; HERODOTE. \u00ab&nbsp;L\u2019enqu\u00eate&nbsp;\u00bb in H\u00e9rodote-Thucydide. \u0152uvres compl\u00e8tes, Paris, Gallimard, La Pl\u00e9iade, 1989.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La psychotraumatologie, domaine de l\u2019\u00e9tude du traumatisme psychique dans toutes ses dimensions serait aussi vieille que le monde. En effet, la relation de troubles physiques et psychiques dus \u00e0 des \u00abchocs moraux\u00bb et qui pourraient \u00eatre les premi\u00e8res descriptions de traumatismes psychiques remonte \u00e0 l\u2019antiquit\u00e9. H\u00e9rodote est l\u2019un des premiers \u00e0 d\u00e9crire les effets d\u2019un &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/tps-trauma.org\/index.php\/historique-de-la-psychotraumatologie\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Historique de la Psychotraumatologie&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_crdt_document":"","_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"class_list":["post-430","page","type-page","status-publish","hentry"],"aioseo_notices":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/PajXwX-6W","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/tps-trauma.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/430","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/tps-trauma.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/tps-trauma.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/tps-trauma.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/tps-trauma.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=430"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/tps-trauma.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/430\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2327,"href":"https:\/\/tps-trauma.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/430\/revisions\/2327"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/tps-trauma.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=430"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}